Le beaujolais nouveau… à sa vraie place !

Le beaujolais nouveau est arrivé…

<H2>beaujolais nouveau</H2>

Savez-vous que lorsqu’on évoque le vrai visage du terroir beaujolais, les regards incrédules de l’auditoire se passent de commentaires … Voici une région viticole qui souffre assurément d’une grande méconnaissance auprès des consommateurs de vins. L’explication ? C’est un secret, l’un des mieux gardés qui soient…

Seuls ceux qui un jour, entre Mâcon et Lyon, ont eu l’excellente idée de quitter la monotonie de l’autoroute pour se risquer vers les hautes collines qui, à l’ouest, bornent l’horizon, savent que s’étend là, à l’abri des regards, une région aux splendides paysages, balisés par les combes et coteaux, les monts et vallées, les vignes et forêts. Au détour des chemins, abbayes, châteaux, villages médiévaux et chapelles romanes attendent le visiteur. Nous sommes dans de magnifiques décors, réellement méconnus, que beaucoup de consommateurs n’ont jamais imaginé fréquenter…

Car il faut le reconnaître, les amateurs éclairés qui avouent leur intérêt pour les vins du Beaujolais s’exposent de manière récurrente aux quolibets de la foule ! Ah bon, vous qui êtes connaisseur, vous buvez du beaujolais ? Et du nouveau en plus? Vous en avez trouvé un correct ?

Aucune région viticole au monde n’a vu son image autant « cannibalisée » par son vin. Si tout amateur éclairé se prête au jeu de citer de mémoire les noms des dix crus de la région (il y a dans le Beaujolais deux appellations « régionales » et dix crus en appellations « Villages »), si n’importe quel buveur de comptoir se croit tenu, dès la fin novembre de disserter sur les arômes de banane, framboise ou bonbon anglais du beaujolais nouveau, qui peut se targuer de connaître les superbes panoramas des monts de Tarare, la lumière presque « toscane » de la région des « Pierres Dorées », le charme paisible des villages oubliés du vignoble ? Très (trop) peu d’entre nous assurément… Ce pays-là, il faut en prendre conscience, ne se résume pas à son patrimoine viticole. Il invite au voyage, parfois dans le verre, souvent pour les yeux.

Région des Terres Dorées - © Quitou.com
Région des Pierres Dorées – © Quitou.com

 

Pourtant, on se réjouit ici, sans aucune arrière-pensée, que le Beaujolais soit, avec le Rhône et la Saône, « l’un des trois fleuves à arroser Lyon… » et accessoirement, quelques millions de gosiers à travers le monde… Surtout lorsqu’il est qualifié de « nouveau » ou « primeur ». Pour ces derniers, le voyage annuel traditionnel a pour principales destinations l’Asie surtout, les Etats-Unis et, plus près de chez nous, l’Allemagne.

<H2>beaujolais nouveau</H2> - bain au Japon
Toshi Maeda/Reuters

Par la production de vins primeurs, à partir du 3ème jeudi de novembre, dopée par un surpuissant marketing, la renommée du Beaujolais s’étend donc aux pays les plus lointains et dépasse largement celle d’appellations souvent supérieures en qualité. De nombreux consommateurs affichent un esprit réducteur en limitant le mérite du terroir beaujolais à ce phénomène commercial. Ne nous mentons pas, pour réellement apprécier le caractère et la typicité des meilleurs vins de la région, il faut aussi (et surtout, diront certains…) partir à la découverte de crus qui, dans les terres favorables du nord (Haut-Beaujolais), se révèlent complexes, structurés et parfois aptes à un bon vieillissement. Le succès planétaire du vin de primeur a trop souvent tendance à faire oublier la diversité et l’intérêt de ces autres crus. Regrettable constat, auquel les oenophiles ne peuvent adhérer.

Quelles appellations trouvons-nous dans cette région qui s’étend sur près de 55km de long, entre Mâcon et Lyon, surplombant la vallée de la Saône? Deux appellations régionales, produisant du vin primeur, mais pas seulement, et dix appellations qualifiées de « Crus » qui, sous leur nom, ne produisent aucun vin dit « nouveau ».

Crédit Photo – Robert Pratta

Les appellations qui produisent du vin en primeur

Beaujolais (A.O.C 1937) – environ 10 000 ha : Les rouges sont élaborés à partir de Gamay noir à jus blanc. Ils se rapprochent en style des mâcons rouges les plus légers et sont à boire jeunes. Les plus réussis offrent un panier de petits fruits rouges. Ils sont « sans complication » et moyennement alcoolisés, faciles d’accès et friands. Ils poursuivent avant tout un objectif de fruit.

Beaujolais-Villages (A.O.C 1937) – environ 6000 ha : Cette appellation se situe dans la zone nord. Elle recouvre 39 communes situées dans les départements du Rhône et de Saône-et-Loire. Les vins se révèlent plus complets et plus charpentés que les beaujolais (lorsqu’ils proviennent de sols purement granitiques) ou se montrent gouleyants et plus fluides (sols de sables granitiques). La faible différence de prix qui les sépare des beaujolais simples est entièrement justifiée, certainement lorsqu’il s’agit de vins primeurs. Ils sont également à consommer dans leur jeunesse.

Beaujolais nouveau ou primeur ?

  • Un vin est dit « nouveau » quand il est commercialisé entre la récolte dont il est issu et la récolte suivante. Théoriquement, les ventes doivent cesser le 31 août.

  • Un vin est « primeur » entre la récolte dont il est issu et une date non déterminée (au plus tard au printemps suivant) qui devrait être précisée par un texte communautaire. Théoriquement, les ventes cessent le 31 janvier. Le beaujolais primeur est donc un beaujolais nouveau.

Les vins d’appellation d’origine contrôlée ne peuvent, sauf exception, aller à la consommation avant le 15 décembre de l’année de la récolte, tandis que le statut de « primeur » permet, sous certaines conditions, d’être mis à la consommation à partir du 3ème jeudi de novembre de cette même année. Depuis 1985, cette date ne souffre plus de variations.

Cette dérogation remonte à 1951, lorsque la levée de boucliers des syndicats viticoles lyonnais eut raison de la rigidité de l’Administration. A l’origine, le 15 décembre, le fleuve beaujolais nouveau déclenchait son écoulement à minuit précis. Ce moment était, pour des milliers de camions, le point de départ d’une course invraisemblable à travers toute l’Europe. L’objectif était d’amener le chargement à destination pour le déjeuner. Aujourd’hui, invoquant la libre circulation des biens, la Communauté européenne a obtenu que les transports puissent se dérouler plusieurs jours avant la consommation. Nous pouvons donc déguster le beaujolais primeur à partir de minuit, le 15 novembre.

Il s’en déguste en moyenne 600 000 bouteilles par an en Belgique. Une paille, en regard des 8 millions de flacons qui envahissent le Japon…

© Véronique Roelandt

Ce nombre est en régression progressive, l’intérêt du consommateur averti s’orientant plus spécifiquement et très logiquement vers la production des dix crus de la région que sont les appellations Juliénas, Saint-Amour, Chénas, Fleurie, Moulin-à-Vent, Chiroubles, Morgon, Régnié, Brouilly et Côtes de Brouilly. Cette tendance donne à une région qui retrouve progressivement sa fierté de vraies lettres de noblesse.

Le temps est venu de ranger nos éventuels préjugés au rayon des souvenirs.

Une (re)découverte du Beaujolais est plus que jamais d’actualité. Et pour l’entreprendre de manière conviviale, en attendant de quitter l’autoroute pour s’enfoncer dans les belles collines, pourquoi ne pas partager entre amis un verre de beaujolais nouveau, légèrement rafraîchi, dont la gourmandise fruitée peut s’apprécier sans états d’âme, autour de charcuteries lyonnaises ou d’une viande grillée ?

Ce que vous pouvez attendre du beaujolais nouveau :

  • du fruit, rien que du fruit…

  • des arômes davantage liés aux levures utilisées pour déclencher/accélérer la fermentation du cépage gamay

  • de la fraîcheur

  • une texture douce, soyeuse

  • un vin très rapidement consommable et facile à comprendre

Charcuterie Gast – Halles lyonnaises
  • un prix raisonnable

  • une certaine polyvalence pour les accords (apéritif, charcuteries, raclette, viandes rouges et blanches, volailles, huîtres, …). Sa vivacité équilibrera beaucoup de plats riches en gras.

 

 

 
 

 

Ce qu’il vaut mieux ne pas attendre du beaujolais nouveau :

  • de la complexité (il se rapproche plus du jus de fruit « alcoolisé » que du vin)

  • de la structure, du volume en bouche

  • une robe limpide (un bon primeur est peu filtré)

  • une grande persistance

  • une potentiel de garde qui dépasse l’année

Q.

 

 

 


Une réponse à “Le beaujolais nouveau… à sa vraie place !”

  1. Je confirme que les paysages valent vraiment le détour!
    Même si je ne suis pas fan de Beaujolais, je trouve aussi regrettable que le travail du vigneron soit ainsi banalisé (Impressionnant cette photo de bain de Beaujolais!).
    Merci pour cet article bien intéressant.
    Baud

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