Languedoc Saint-Georges d’Orques : Eclats de diamants en pays de garrigue

Saint-Georges d'Orques, dans le vignoble du Languedoc - © Avis-Vin Le Figaro
Saint-Georges d’Orques, dans le vignoble du Languedoc – © Avis-Vin Le Figaro

La Nébuleuse languedocienne

Quelque peu brumeux et le mot est faible. C’est le qualificatif qui me vient en pensant au classement actuel des Crus du Languedoc. Il n’est pas toujours facile de s’y retrouver dans le dédale des appellations de l’immense croissant languedocien. Pas moins de 38 000 hectares sont concernés par cet océan de vignes. Un amphithéâtre viticole autour de la méditerranée, qui cherche aujourd’hui à simplifier son classement. Le défi est de taille et il reste du chemin… Pour l’instant, soyons francs, le consommateur peine encore à s’y retrouver. Voici pourquoi.

Resituons tout d’abord le contexte structurel de la région. Bien que l’appellation Languedoc ait été créée en 2007, la précédente dénomination « Coteaux du Languedoc » est encore visible sur de nombreuses étiquettes. La hiérarchisation des différentes zones est aujourd’hui engagée et la structure pyramidale qui se profile fait débat, chacun tentant d’y trouver la meilleure place. Les critères utilisés évoquent le contexte de typicité de terroir mais ils touchent aussi à l’aspect économique. C’est une originalité que de considérer simultanément ces deux facteurs dans une logique de classement. Allez comprendre…

Pour illustrer les inévitables confusions qui en découlent, voici quelques descriptions des différents niveaux hiérarchiques constitués, établies par le Conseil Interprofessionnel des Vins du Languedoc. L’AOC Languedoc « joue de la typicité des vins de terroirs », tandis que les Crus du Languedoc sont composés de « vins de terroirs très aromatiques, à fort caractère, qui expriment parfaitement leur typicité ». Quant aux Crus Classés du Languedoc, ils regroupent « des vins complexes, rares et expressifs »… Chercher l’élément objectif différenciateur dans ces descriptions s’apparente à une gageure.

L’AOC Languedoc représente l’assise de la gamme des crus de la région. Elle est rejointe par les « Crus du Languedoc », entité qui ne comprend que des appellations contrôlées telles que Saint-Chinian, Cabardès ou Minervois par exemple, puis par les « Crus classés du Languedoc ». Cette dernière catégorie regroupe des appellations telles que Minervois La Livinière ou Limoux mais aussi des dénominations de zones spécifiques. C’est ici que nous retrouvons le terroir de Saint-Georges d’Orques, exclusivement orienté vers la production de vins rouges et rosés, sur une superficie de 600 hectares. Une cave coopérative et 18 caves particulières s’y répartissent la production.

etiquette st georges d'orques
© V. Roelandt

Comment ne pas perdre ses petits dans cette immense famille constituée d’une trentaine d’entités? Au fil du relief sauvage de cette splendide région inondée de soleil et battue par les vents se succèdent dans un joyeux tumulte appellations régionales, de zones ou communales. Admettons simplement qu’actuellement, l’œuvre de classement en cours ne parvient pas encore à dégager une grande impression de clarté…

L’appellation Languedoc Saint-Georges d’Orques

Certaines zones bénéficient déjà d’un statut privilégié. Elles peuvent adjoindre leur nom de terroir à celui de la dénomination régionale. Celle de Saint-Georges d’Orques, nichée aux portes de Montpellier dans un environnement de garrigue et de chênes verts d’une grande beauté sauvage, fait partie des heureux promus. Cinq communes sont concernées : Saint-Georges d’Orques, Juvignac, Pignan, Murviel-lès-Montpellier et Lavérune. On y produit annuellement environ 12 000 hl de vin, ce qui est une paille en regard des 1 600 000 hl écoulés chaque année au sein de l’AOC Languedoc.

Crachoir et verres Vinisud
©Vinisud

En février de cette année, j’avais déjà eu l’occasion de goûter en « brut de cuve » quelques échantillons du tout jeune millésime 2013 sur le stand que les vignerons locaux avaient présenté au cours du salon Vinisud de Montpellier. A ce moment, la dégustation des crus de plusieurs propriétés m’avait fortement convaincu du potentiel de ce terroir et de la légitimité de son classement au rang de cru classé.

Dans la foulée, quelques mois plus tard, les vignerons qui le souhaitaient m’ont fait parvenir une bouteille emblématique de leur production. Leur récente dégustation m’a donné envie de partager avec vous mes commentaires et analyses, dans l’objectif de vous faire mieux connaître ce terroir extrêmement intéressant et les producteurs qui y œuvrent avec beaucoup de talent et il me plaît de le souligner, une passion réellement communicative.

Vous trouverez donc ci-dessous, sans autre hiérarchie que celle des millésimes proposés, la description de différents visages de la mosaïque des crus du Languedoc Saint-Georges d’Orques. J’imagine que leur découverte pourrait vous donner l’envie de vous pencher sérieusement sur ce vignoble de grand potentiel. N’hésitez pas, les risques de déceptions sont minimes.

Ce qui vous y attend ? Des expressions d’une grande pureté des cépages syrah et mourvèdre, mais aussi du grenache qui sait arrondir les angles quand nécessaire et du cinsault. Et puis, çà et là, on assiste à l’apparition d’un carignan légitimement réhabilité. Le style de la zone s’oriente vers des vins rouges au caractère affirmé, charpentés, denses et de garde pour la plupart, ce qui ne les empêche pas d’être accessibles sans trop attendre.

Dans le millésime 2012

Château de Fourques – « Guilhem » 2012 – Syrah/Grenache, touche de carignan

J’ai beaucoup apprécié l’échange de points de vue entretenu avec Lise Fons-Vincent au cours du salon Vinisud. Sa personnalité teintée d’apparente réserve mais aussi de confiance en la qualité de son travail m’ont convaincu de l’authenticité de sa démarche.

chateau de Fourques - Cuvée Guilhem
©V. Roelandt

De jolis reflets carminés violacés dominent cette robe éclatante. Encre, mûre, coulis de sureau et minéralité caractérisent ce bouquet aux accents sauvages, qui évoque la garrigue à l’aération. Porté par une acidité bien présente dès l’attaque, ce cru incisif démontre une forte personnalité, qui appelle à la patience. La charpente tannique n’a d’égal que les accents de terroir (épices, truffe, réglisse) et la générosité du fruit mûr. Bâti pour affronter sereinement l’avenir, il offre une bouche charnue, rectiligne et profonde, qui demande un peu de patience. Grand potentiel pour un cru dont la jeunesse s’associe à l’élégance, appelant avec insistance des gibiers à poils. A déguster entre 2015 et 2018.

Pour en savoir plus sur le château de Fourques : http://www.chateaudefourques.com/

Dans le millésime 2011

Mas de la Rime 2011 – Bio – Syrah / Mourvèdre

Brita et Philippe Sala ont vécu plusieurs expériences professionnelles avant de se lancer dans la viticulture. Actuellement, ils gèrent le domaine et confient la vinification de leurs cuvées à Bertrand de Mortillet, dirigeant du domaine de la Prose et vinificateur reconnu dans l’appellation.

Mas de la Rime - St Georges d'Orques
©V. Roelandt

Robe rubis carminé à nuances grenat de bel éclat. Une expression fruitée très mûre et intense envahit le premier nez. On y retrouve les arômes de fraise, griotte et myrtille confiturées, assorties d’une touche lactique doucereuse. La bouche de ce cru convivial et extrêmement charmeur est à l’avenant. On y apprécie la douceur de texture d’un ensemble qui privilégie les accents fruités de grande maturité (baies rouges et noires). On y décèle aussi la relative jeunesse des vignes mais également une densité de matière exemplaire, expliquée par des rendements inférieurs à 30hl/ha. L’enveloppe tannique est presque intégralement fondue, ce qui accentue l’impression de soyeux, une délicate acidité apporte la touche de fraîcheur nécessaire. Un cru gourmand, équilibré, prêt dès aujourd’hui, idéal sur un magret de canard aux cerises ou un râble de lièvre aux airelles. A déguster entre 2014 et 2016.

Pour en savoir plus sur le Mas de la Rime : http://masdelarime.com/

 

Domaine de Saumarez – Aalenien 2011 – Syrah 90%/Grenache 10%

Liz et Robin Williamson se sont lancés dans l’aventure en 2004. Leur pari de produire des vins haut de gamme semble aujourd’hui réussi. Les macérations et élevages sont ambitieux ; ils se pratiquent dans le respect d’une matière concentrée.

Domaine de Saumarez - Aalenien 2011
©V. Roelandt

Un beau rouge grenat profond sans signe d’évolution pour ce vin brillant dont le nez fait voyager au pays des senteurs de garrigue, tabac et de bois noble dès l’ouverture. Ensuite, les senteurs minérales (encre, terre) et de petites baies noires sauvages (sureau, cassis) élargissent la palette aromatique. Tout en élégance et profondeur, l’attaque se montre à la fois lissée et structurée. Sa charpente tannique partiellement fondue ne masque pas une expression fruitée (mûre, myrtille) généreuse. La présence épicée est perceptible, surtout en milieu de bouche. La finale, subtilement réglissée, se resserre quelque peu et présente une délicieuse et fine amertume rafraîchissante. L’ensemble peut encore évoluer favorablement sur 2 à 5 ans. Sa personnalité marquée le destine à de petites cailles aux figues, un lapin aux olives ou des côtes d’agneau aux herbes. Je conseille de l’aérer au moins une heure avant de servir.

Pour en savoir plus sur le domaine de Saumarez : http://www.domainedesaumarez.com/

 

Domaine Le Claud – Château Claud Bellevue « L’âme  » 2011 – syrah/grenache + vieux Carignan minoritaire

Pierre de Boisgelin dirige ce domaine certifié en agriculture biologique avec rigueur et talent. Cette cuvée pleine et harmonieuse en atteste avec conviction.

Domaine Le Claud - Château Claud Bellevue
©V. Roelandt – Sculpture N. Kahan

Somptueuse présentation pour cette robe grenat violacé intense, au disque fermé de grande jeunesse encore. La personnalité affirmée de ce cru s’exprime dès l’ouverture par d’insistantes empreintes d’épices (ciste, genièvre), minéralité (graphite, terre) et baies noires sauvages au sirop (mûre, sureau). Un bouquet engageant qui invite à la dégustation. En bouche, quelle jeunesse! Ce cru parfaitement vinifié se montre gourmand, croquant de fruit et doté d’un superbe équilibre acidité/moelleux. Une charpente tannique vivante et distinguée, sans aucune sécheresse, se place au service de la matière fruitée (cerises noires confiturées). La finale se montre séveuse, longiligne et tramée; elle rejoint un registre subtilement réglisse. A table, je verrais une jolie complicité avec des raviolis aux cèpes ou un coq au vin. Beau potentiel d’évolution. A déguster entre 2014 et 2016.

Pour en savoir plus sur le château Claud-Bellevue : http://www.leclaud.com/

 

Domaine de la Marfée « Della Francesca » 2011 – Mourvèdre (dominant) et Syrah

Thierry et Françoise Hasard cultivent en biodynamie un domaine créé en 1997. La cuvée Della Francesca illustre la rigueur et l’esprit de travail de Thierry Hasard. Sérieuse mais sans excès, elle séduit par son relief et sa belle définition de terroir.

Domaine de La Marfée - "Della Francesca" 2011
©V. Roelandt

Des nuances carminées soutenues à reflets grenat irradient cette jolie robe concentrée et lumineuse. Les marques de l’élevage sont présentes dès le premier nez, sans excès toutefois puisqu’aux notes de boisé noble et de tabac s’associe un fruité expressif (pruneau, cerise noire). La bouche confirme l’impression du bouquet. Puissamment construite, s’appuyant sur une charpente tannique ferme devant encore s’assagir quelque peu, elle commence à laisser son fruit s’exprimer. Les épices sont présentes et l’ensemble se montre encore corsé mais prometteur car la richesse de constitution est proportionnelle à l’enveloppe structurante des tanins. Longue finale cacaotée avec une subtile touche de réglisse. A table, en route pour un pâté de canard en croûte ou une gigue de chevreuil sauce grand veneur ! A déguster entre 2015 et 2019.

Pour en savoir plus sur le domaine de la Marfée : http://www.la-marfee.com/

 

Domaine Belles Pierres – « Chant des Âmes » 2011 – Syrah 70%/Mourvèdre 30%

Domaine Beles Pierres - Chant des Ames 2011
©V. Roelandt

Le jeune vigneron Damien Coste exploite avec talent et maîtrise un peu plus d’une quinzaine d’hectares. La notoriété de ses vins est établie et la dégustation de cette cuvée y participe.

La robe est impressionnante. Au centre de son disque fermé à nuances violines, elle présente des reflets grenat intense. Extrêmement engageant et charmeur dès le premier nez par ses senteurs de fruits au sirop (griotte, mûre, myrtille) associées à un registre lactique bien présent (yaourt, crème), ce nez sudiste se montre presque envoûtant. Ce cru se montre puissamment charmeur, dense et enveloppant. La maturité de son fruit (baies rouges et noires confiturées) rivalise avec le soyeux de ses tanins et l’ensemble démontre une parfaite maîtrise de vinification, illustrée par l’équilibre atteint entre l’importante maturité et une fine acidité tonifiante. La finale confirme un grain serré, beaucoup d’allonge et une persistance impressionnante, sur le noyau de cerise. Bouche sérieuse et tramée mais quelle distinction…

Un cru de haute tenue, dont l’élevage ambitieux augure d’un potentiel de conservation significatif, même si l’ensemble est déjà tellement agréable aujourd’hui… J’appelle avec insistance un carré d’agneau rôti aux herbes ou une entrecôte aux pleurotes. A déguster entre 2014 et 2017.

Pour en savoir plus sur le Domaine Belles Pierres : http://www.domaine-bellespierres.com/fr/

Dans le millésime 2010

Le Clos d’Isidore « Les Sentiers Pourpres » 2010 – Syrah/Mourvèdre

Joël Anthérieu est à la tête d’une vingtaine d’hectares dans le secteur de Murviel-lès-Montpellier, en reconversion vers l’agriculture biologique.

Le Clos d'Isidore "les Sentiers Pourpres" 2010
©V. Roelandt

Rouge carminé éclatant, brillant et limpide. Une subtile association d’accents épicés (garrigue, poivre, ciste) et de baies sauvages (mûre, myrtille, griotte) domine un ensemble engageant, typé et de belle complexité. On croque le fruit dans cette cuvée digeste, concentrée, portée par d’élégants tanins encore partiellement présents. Les saveurs de cerise noire, confiture de myrtilles et de cacao se montrent généreuses. La bouche est pleine; elle présente en finale un grain serré et une belle mâche. Un cru en structure, qui ne cède pas à la facilité (légère amertume en finale, en voie d’assagissement) mais au fruité exubérant et présentant une trame sapide. D’intéressantes complicités sont envisagées avec un canard braisé aux champignons ou un lapin au thym ou aux pruneaux. A déguster entre 2014 et 2018.

Pour en savoir plus sur Le Clos d’Isidore : http://www.le-clos-disidore.com/

 

Domaine Guizard – Cuvée 400 – millésime 2010 – Syrah 66%/Mourvèdre 34%

Des rendements angéliques de 15hl/ha ont donné naissance à cette cuvée haut de gamme du domaine, dont le nom fait référence aux 400 ans de la propriété. La famille Guizard est aux rênes de la propriété depuis 1580. L’échange nourri par une belle conversation avec Jean Guizard à Montpellier fut particulièrement riche en enseignements.

Domaine Guizard - Cuvée 400
©V. Roelandt
domaine Guizard
©V. Roelandt

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une jolie robe rouge carminé intense attend le dégustateur. Scintillante, elle invite à la dégustation. Le premier nez dévoile la marque de l’élevage par des effluves de tabac, grillé et fumé/toasté. Ensuite, les accents minéraux apparaissent, associés à de délicates notes épicées et fruitées (sureau, cassis). Relevée par une acidité garante de tonicité, cette cuvée ambitieuse propose une texture ample et riche, caractérisée par un beau gras en milieu de bouche, qui équilibre l’impression de corpulence laissée par la charpente. Un vin sérieux, de garde, ponctué d’une longue finale charpentée sur le noyau de cerise. L’empreinte de l’élevage et la densité de grain ne destinent pas cette cuvée à des mets trop légers. N’hésitez pas à tenter un lapin aux olives, un gigot d’agneau ou en accord plus original un poulet tandoori ou un couscous d’agneau épicé. A déguster entre 2014 et 2019.

Pour en savoir plus sur le Domaine Guizard : http://www.domaine-guizard.com

 

Château de l’Engarran – Quetton Saint George 2010 – Syrah 87%/Grenache 11%/Mourvèdre 2%

Un joli souvenir que celui partagé avec Diane Losfelt autour du berceau de son 2013 en gestation… Différents visages des assemblages avaient été dégustés et longuement commentés… Le temps s’est écoulé bien vite à ce moment-là.

Château de l'Engarran - "Quetton Saint Georges" 2010
©V. Roelandt

Une robe impressionnante de densité et de jeunesse, grenat profond et soutenu au disque fermé. Ensuite, voyage au pays des sens, navigant par sa complexité entre bois exotique et oriental (santal, cèdre, encens), cacao, réglisse et fruits noirs confiturés (myrtille, coulis de sureau), Engageant!

Un splendide exercice de vinification et un assemblage parfaitement adapté ont donné naissance à cette cuvée aboutie, dont on apprécie la profondeur et l’exubérance fruitée (cassis, mûre sauvage). En milieu de bouche, l’équilibre acidité/moelleux/tanins est atteint et la finale révèle plénitude et persistance. Un cru charnu, ponctué d’une longue finale réglissée et cacaotée. Du gras, de la finesse, de l’opulence et ce qui ne gâche rien, un beau potentiel d’évolution. L’avenir de ce vin racé est tracé ! Pour l’accompagner, un râble de lièvre à la moutarde, un mignon de veau aux morilles, un coq au vin ou une omelette aux truffes. A déguster entre 2014 et 2017.

Pour en savoir plus sur le Château de l’Engarran : http://www.chateau-engarran.com/

 

Domaine Henry – 2010 – Grenache/Syrah/mourvèdre/Cinsault

Laurence et François Henry jouissent d’une belle réputation au sein de leur appellation mais aussi dans le secteur Horeca, où leurs vins charnus et complexes sont bien représentés, y compris sur les tables prestigieuses. La dégustation de ce 2010 qui est le grand vin du domaine a confirmé ce niveau.

Domaine Henry - St Georges d'Orques
©V. Roelandt

Jolie présentation pour ce vin rubis cerise, moyennement intense mais de grand éclat. Une puissante expression épicée envahit le nez à l’ouverture (thym, poivre). Ensuite, le bouquet s’affirme profond et généreux, mêlant les accents fruités (fraise cuite, cerise, mûre) aux notes de douce minéralité (mine de crayon, terre, encre). Fondue et épanouie, cette cuvée se montre aujourd’hui gourmande et très friande. Ses tanins sont lissés et invitent à la dégustation, bien que ce cru ambitieux puisse affronter l’avenir sereinement. Finale fluide, tout en soyeux de texture. A table, on s’orientera vers un ragoût de chevreuil, des rognons grillés, un sauté de veau à l’estragon ou une langue de bœuf braisée. A déguster entre 2014 et 2018.

Pour en savoir plus sur le Domaine Henry : http://www.domainehenry.fr/

Dans les autres millésimes

Domaine de la Prose – Grande Cuvée 2009 – Grenache/Syrah

Ce domaine avoisine la vingtaine d’hectares exploités. Reconverti en agriculture biologique, il est aux mains de Bertrand de Mortillet, qui a résolument choisi la voie du respect du sol et de l’équilibre du biotope. Les principes biodynamiques sont aussi présents dans la propriété.

Domaine de la Prose - Grande Cuvée 2009
©V. Roelandt

Une robe incroyablement jeune attend le dégustateur! Les reflets violines sont scintillants et invitent à la dégustation. Puissance, distinction et profondeur caractérisent cet ensemble olfactif complexe, qui mêle une minéralité insistante aux notes de baies sauvages (cassis, sureau), truffe et épices. La bouche est à l’avenant. Dotée d’une fraîcheur insistante dès l’attaque, elle impose ses qualités par un parfait équilibre acidité/gras, d’expressives saveurs de griotte, mûre sauvage et confiture d’airelles. On apprécie le caractère charnu et séveux d’une finale dont le grain serré rivalise avec l’élégance. Délicieuse amertume cacaotée pour ponctuer l’ensemble. Très savoureux, quelle jeunesse! Les accords mets-vins appellent un canard avec une sauce aux truffes, une poularde demi-deuil ou un lièvre aux lentilles, mais aussi un rôti de chevreuil grand veneur et pourquoi pas, des desserts à base de chocolat noir. A déguster entre 2014 et 2018.

Pour en savoir plus sur le Domaine de la Prose : http://www.domaine-de-la-prose.fr/

 

Les Vignerons de Saint-Georges d’Orques – « L’Ocre Rouge » Prestige 2008

Vignerons de Saint Georges d'Orques - Cuvée l'Ocre Rouge
©V. Roelandt

Le premier contact visuel avec ce vin en révèle la jeunesse. De jolies nuances violacées embrasent le disque. Au nez, c’est une invitation à une balade dans la garrigue, au pays du poivre, genièvre, clou de girofle et des fruits sauvages (mûre, airelles, sureau). Fine touche minérale illustrée par l’encre et la truffe blanche. Ce cru assez ambitieux ne laissera personne indifférent. Le contraste est grand en bouche car la texture est enveloppante, grasse et en connexion avec un registre de saveurs sauvages. Une délicieuse acidité apporte la vivacité nécessaire et la finale, tendue, tout en pulpe, séduit par sa persistance. Très impressionnant par sa jeunesse et sa chair, ce vin est le fruit d’un travail rigoureux. Il a traversé les ans sans dommages. Sa texture presque lissée appelle un châteaubriand aux champignons ou au poivre, un bœuf bourguignon ou des petites côtes d’agneau aux herbes. A déguster entre 2014 et 2016.

Pour en savoir plus sur les Caves de Saint-Georges d’Orques : http://cavesstgeorges.pagesperso-orange.fr/

Que retenir de ce tour d’horizon du cru Saint-Georges d’Orques?

C’est à regret que j’ai refermé la page de cette dégustation, bien décidé à la rouvrir dès que possible. La rencontre avec les acteurs de ce passionnant terroir et les différentes cuvées soumises à la dégustation ont achevé de me convaincre que dans cette immense océan de vignes qu’est le Languedoc, il existe quelques zones aux typicités singulières qui méritent assurément d’être hissées au plus haut niveau dans la hiérarchie de la région. C’est un secret de moins en moins gardé, les Languedoc Saint-Georges d’Orques réduisent à marche forcée l’écart qui les sépare des crus les plus prestigieux de la région. Aujourd’hui en voie de délimitation parcellaire, les vignerons visent à moyen terme la reconnaissance de leurs vins rouges et rosés en crus communaux.

A leurs côtés aussi, et c’est à vérifier par la dégustation, d’autres prétendants tels que les Grès de Montpellier, Montpeyroux, Saint-Drézéry ou les Terrasses du Larzac par exemple. Voici des thèmes particulièrement alléchants pour mes prochains dossiers de dégustations… Sans oublier les « petits poucets » que sont La Méjanelle, Sommières et Saint-Christol ou plus au nord, Saint-Saturnin ou Cabrières.

Enfin, formulons le vœu ardent que ceux qui ont en charge la responsabilité de la nouvelle hiérarchisation du classement des vins de la région gardent à l’esprit le mot clé qui anime leur démarche: simplification…

A très vite pour d’autres émotions gustatives partagées !

Q.

Pour découvrir le récit de mes pérégrinations au salon Vinisud 2014, c’est par ici

Robe vin rouge
©V. Roelandt

 



10 réponses à “Languedoc Saint-Georges d’Orques : Eclats de diamants en pays de garrigue”

  1. Dossier très complet et particulièrement bien documenté. Avec une foule d’informations que l’on trouve rarement ! Du gros et beau boulot qui donne certainement envie d’en découvrir plus. Félicitations pour ce beau travail instructif !

  2. Toujours un plaisir de lire des compte-rendus de dégustation aussi complets. Et content de voir que ces micro-appellations sauront à l’avenir être les fers de lance de la région Languedoc Roussillon et de son classement simplifié en crus tant espéré par les dégustateurs et consommateurs. Au plaisir …

    • Oui Sylvain, nous partageons à la fois cet intérêt marqué pour les nombreux terroirs émergents de cette fabuleuse région mais aussi pour un classement accessible et clair pour tous qui permettra aux consommateurs de s’y retrouver… Merci pour ce témoignage et à bientôt!

  3. Très bel article bien detaillé et documenté qui traite d’une région viticole difficile à cerner tant il y a des crus de niche qui sont de belles pépites et meritent d’être connues : elles sont bien mises en lumière !
    Bravo.

    • Merci Thierry. Les pépites de la région sont effectivement nombreuses. Leur minutieuse exploration sera une belle occasion pour moi de reprendre la route du sud!

  4. Envoyé le 12/10/2014 à 15:42

    cher ami bonjour
    je ne peux que me réjouir que notre cru plaise à vous tous.
    vos articles et vos commentaires sont formidables
    merci pour ceux que vous faites sur le monde du vin en général et un grand merci pour notre terroir de st Georges

    à bientôt dans la région j’espère on pourra faire la découverte à pieds du terroir avec degust et plats typiques

    amitiés sincere
    jerome vidal coopérative du chevalier Georges ,
    président du syndicat du crus SAINT GEORGES

  5. Arpenter les vignes du cru St Georges en compagnie de vignerons est une raison supplémentaire pour venir vous rendre visite lors de ma prochaine visite en terre languedocienne.
    A bientôt, autour d’une table épicurienne, je saurai m’en souvenir cher Monsieur!

  6. Quelle plume, Jean-Christophe…
    J’adore vos écrits, et me réjouis de vous retrouver probablement prochainement en février à Bruxelles au salon des vins du Languedoc.
    Lise Fons-Vincent

    Château de Fourques
    Juvignac

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