Colère du ciel et tristesse au sol…

Colère du ciel sous forme de grêle et tristesse au sol…

La pilule ne passe décidément pas. Une seule solution, partager avec vous ce qui, au fil des heures, se transforme furieusement à une sourde colère, qui succède à celle du ciel.

Orages de grêle à Vouvray - 17 juin 2013

Orages de grêle à Vouvray – 17 juin 2013

C’est en 1995, qu’une après-midi passée dans les caves creusées dans le tuffeau en compagnie de Noël Pinguet, gendre du regretté « Pape de Vouvray » Gaston Huet, et vinificateur du domaine, que ma passion pour ce grand terroir tourangeau est née. Dans la foulée, la découverte de la production de Montlouis n’a pas traîné…

Depuis, plusieurs domaines de ces deux appellations ont fourni des flacons qui  etiq montlouis1sommeillent dans ma cave, pour certains depuis de très longues années… Le fruit de l’excellent travail de François Chidaine, vigneron et viticulteur émérite, président de l’appellation Montlouis fait partie de ces bouteilles. L’inimitable pureté du cépage chenin trouve dans la plupart des crus du domaine une magnifique expression.

Aujourd’hui, cet homme est profondément désemparé. A la lumière des causes de cette situation, on ne peut qu’être solidaire de son état d’esprit.

Lorsque les éléments naturels s’acharnent, deux années consécutives, sur un vignoble traité globalement avec tant de respect par les hommes qui y œuvrent, un sentiment de profonde injustice apparaît sans hésitation.

Orage de grêle en approche - Image La Nouvelle République

Orage de grêle en approche – Image La Nouvelle République

L’orage de grêle est l’ennemi le plus redouté par le vigneron. Sa sanction est souvent sans appel. En ce matin noir du 17 juin 2013, le ciel s’est déchaîné sur le vignoble de Vouvray.

Vers 5h du matin, une dizaine de minutes et deux salves de grêlons de trois à quatre centimètres de diamètre, gros comme des balles de golf dans certaines zones, ont suffi.

Image Europe 1

Image Europe 1

Dans de nombreux secteurs à l’est de la ville de Tours, les vignes ont été hachées et la surface détruite est phénoménale.

A Reugny, l’une des sept communes de l’appellation, les ceps sont totalement nus. Le paysage y est désolant. Il ne laisse planer aucun doute sur les conséquences de ce qui s’est abattu sur les vignes. Les vignerons locaux ont compris: après une récolte 2012 très délicate, 2013 sera inexistant, avec toutes les implications financières que ce triste constat annonce.

Image France TV Info

Image France TV Info

Pour beaucoup, la récolte de cette année est donc largement compromise et celle de l’année prochaine très incertaine car les rameaux n’auront pas forcément le temps de mûrir et de se fortifier d’ici la fin de l’été.

Deux tiers des 2500 hectares de l’appellation Vouvray ont été touchés, dans des proportions diverses. Ne nous leurrons pas, c’est une vraie catastrophe économique.

Grêle Vouvray - Image Patrice Deschamps

Grêle Vouvray – Image Patrice Deschamps

De tous temps, des solutions plus ou moins insolites ont été imaginées, pour éviter le désastre. Des canons à grêle ont même été mis au point, l’envoi de fusées dans les nuages menaçants en approche ayant la plupart du temps eu pour effet de voir se déverser la colère du ciel… chez le voisin. La relative inefficacité de ces moyens laisse aujourd’hui les vignerons bien seuls face à la colère du ciel.

Canon à grêle - Clos de Vougeot

Canon à grêle – Clos de Vougeot

A Vouvray, François Chidaine a tout perdu. A Montlouis, son vignoble est sinistré à hauteur de 40%… Et aujourd’hui, ne sachant comment redresser la tête, il songerait à baisser les bras ?

De son côté, Christian Feray, le propriétaire du plus important domaine de Vouvray, le château Moncontour, n’hésite pas à évoquer le caractère hypothétique de la survie de son entreprise, qui emploie une cinquantaine d’ouvriers permanents…

Bien sûr, son sort n’est pas isolé. Une vingtaine de viticulteurs de la région en sont à se demander comment, cette fois, ils pourront faire face à cette nouvelle calamité.

Image La Nouvelle République

Image La Nouvelle République

Les assurances vont couvrir une partie des dommages. Si chacun sait que dans de nombreux cas, ce ne sera pas suffisant, nous pouvons espérer que les compagnies seront à la hauteur de leur mission d’aide.

Que pouvons-nous faire? Comment aider ces « agriculteurs de la vigne » ? Comment leur donner les moyens de poursuivre leur travail ? Acheter en primeur ? Payer des commandes à l’avance ? Leur apporter un soutien moral sous forme de pétition ? Privilégier l’achat de leurs excellents crémants à celui des champagnes bon marché, issus de zones notoirement indignes du produit qu’elles représentent ? Faire pression sur les autorités ? Permettre aux vignerons d’acheter du raisin ailleurs, sous le statut de négociant ? La solution n’est pas simple. Et si les vignerons eux-mêmes se trouvent légitimement désemparés, ils sont les mieux placés pour cibler le type d’aide qui leur serait le plus utile.

En attendant que des précisions se dégagent, lorsque l’émotion sera quelque peu retombée, il nous est possible, amateurs de vin mais aussi et surtout consommateurs respectueux du travail de la terre, de faire connaître la triste situation d’une région viticole qui n’a pas été épargnée. Et de soutenir ces artisans-vignerons qui y travaillent, par tous les moyens légaux à notre disposition, du moment qu’ils servent efficacement la cause.

Image La Nouvelle République

Image La Nouvelle République

C’est l’objectif, modeste je vous l’accorde, de ce billet.

Quant aux pouvoirs publics, dont les viticulteurs espéraient une reconnaissance en catastrophe naturelle, ils ont déjà répondu par l’intermédiaire du ministère de l’agriculture que cette procédure ne pourrait être mise en œuvre…, refilant par cette décision la patate chaude aux assurances. Nous ne sommes pas en période électorale, ça se sent.

Au moment où les paysages dévastés des environs de Lourdes apparaissent au grand jour, contraignant les autorités à déclarer légitimement cette zone pyrénéenne « sinistrée par une catastrophe naturelle »,  je me surprends à espérer deux miracles pour les vignerons de Vouvray et ceux de Montlouis-sur-Loire :

–  Bénéficier du même statut, malgré leur isolement médiatique et le relatif désintérêt d’une grande partie du monde politique vis-à-vis de leur triste et inquiétante situation.

–  Obtenir des partenaires bancaires un soutien qui n’aura pas pour unique objectif le profit.

Deux miracles, effectivement… que tous les œnophiles passionnés, amateurs éclairés, ou simples consommateurs de beaux produits de la terre tourangelle feraient bien de ne pas attendre passivement.

Est-il vraiment utopique d’aller à la rencontre des vignerons sinistrés, d’écouter leurs besoins et de s’organiser ?

Domaine Huet - "le Mont" - Photo VR

Domaine Huet – « le Mont » – Photo VR

D’ici là, quand vous hésiterez entre deux flacons de vins blancs tranquilles ou effervescents, privilégiez le vouvray et ses belles expressions de chenin.C’est une petite goutte de vin dans la mare viticole, mais les petits gestes…Q.

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10 thoughts on “Colère du ciel et tristesse au sol…

  1. Plus d’infos sur ce canon à grêle? Je n’ai pas bien compris le principe.

  2. J’ai effectivement vu des images et cela m’a attristé mais je ne savais pas à quel point la situation était grave. Le vouvray, je l’ai découvert il y a une dizaine d’années par hasard et depuis il n’a plus quitté ma cave. Je dois racheter bientôt du blanc, je penserai à eux.

  3. C’est un bon choix, merci pour ces vignerons qui traversent des moments très compliqués, pour certains graves. Je connais un passionné qui a décidé de quitter sa vigne. Ses vins illuminaient le terroir de Vouvray…

  4. L’idée était de lancer une fusée explosive dans le nuage, avant qu »il n’atteigne le vignoble menacé. La déflagration induisait une secousse qui déclenchait la chute de l’averse de grêle par anticipation, si possible avant de mettre les vignes en péril… Résultats aléatoires, soucis de voisinage, …
    Logiquement, cela ne se pratique plus.

  5. Très bel article ! On ne peut qu’être d’accord avec vous et votre désarroi. Il faut soutenir ces viticulteurs comme on le peut, en leur achetant quelques bouteilles de vins … C’est si peu, mais c’est déjà ça …

  6. Il est des détresses qui font du bruit… et les autres. Merci pour votre adhésion à cette cause :-)

  7. Quelle tristesse! Je venais d’acheter du vin de Vouvray, un vin qui me plait beaucoup.
    L’article m’a très touché. Mes pensées sont avec les vignerons…

  8. Passionné de vins et bien sûr du vignoble tourangeau,et bien sûr des vins de Vouvray et Montlouis je suis attristé et pense beaucoup à ces « artistes » que sont F.Chidaine et beaucoup d’autres y compris la jeune garde(Perrault-Jadaud)par ex.
    J’achèterai le+ de bouteilles possibles de ces 2 appellations.Quelles autres solutions pouvons-nous proposer?(Vente primeurs,petite somme symbolique…)

  9. Je vous comprends parfaitement. Et la mémoire des moments difficiles doit rester en éveil car chaque jour apporte son lot de nouvelles difficultés. En attendant, le bilan est désastreux, et pas seulement à court terme, pour de nombreux vignerons de ces deux appellations. Eux n’oublieront pas…
    Pour les aider, acheter du vin est une belle idée; prendre contact avec eux pour connaitre leurs besoins en est une autre. Merci pour eux!

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